Nous avons toutes nos phrases très raisonnables pour cela.
« Je verrai plus tard. »
« Ce n’est pas le moment. »
« Je sais déjà ce que j’ai à faire. »
« Ça finira bien par passer. »
« Je n’ai pas envie de remuer tout ça. »
Et parfois, c’est parfaitement juste. Tout ne mérite pas d’être analysé, décortiqué ou transformé en chantier intérieur. Savoir laisser une question tranquille peut même être une excellente décision.
Mais il arrive aussi qu’un sujet que nous pensions avoir mis de côté continue discrètement à prendre de la place. Il influence ce que nous acceptons, ce que nous refusons, les décisions que nous retardons, les conversations que nous n’avons pas ou les mêmes scénarios dans lesquels nous revenons.
Nous croyons alors avoir évité le sujet. En réalité, nous avons parfois commencé à organiser une partie de notre vie autour de lui.
Éviter n’est pas forcément fuir
En psychologie, la notion d’« évitement expérientiel » désigne les tentatives visant à éviter, supprimer ou modifier des expériences internes jugées désagréables : pensées, émotions, souvenirs ou sensations. Le problème n’est donc pas le simple fait de prendre de la distance. Il apparaît surtout lorsque l’évitement devient rigide et commence à limiter nos possibilités d’action.
La recherche sur la flexibilité psychologique invite justement à distinguer deux choses : ressentir quelque chose de difficile, et laisser cette expérience déterminer automatiquement notre comportement. La flexibilité psychologique renvoie à la capacité de rester en contact avec ce qui se passe tout en continuant, lorsque c’est possible, à agir dans une direction cohérente avec ce qui compte pour nous.
La vraie question n’est donc pas toujours « Qu’est-ce que j’évite ? », mais parfois « Qu’est-ce que cet évitement est en train de choisir à ma place ? »
Quand le « plus tard » commence à conduire
Il peut s’agir d’une conversation que l’on reporte parce qu’elle risque d’être inconfortable. D’un projet que l’on ne commence jamais parce qu’il nous confronterait à la possibilité d’échouer. D’une limite que l’on ne pose pas parce que déplaire nous coûte trop cher. Ou simplement d’un constat que nous connaissons depuis longtemps mais auquel nous n’avons pas encore envie de donner de conséquences.
Éviter quelque chose d’inconfortable peut procurer un soulagement immédiat. Le rendez-vous est repoussé, la conversation n’a pas lieu, la décision attendra. À court terme, la tension baisse. Mais ce soulagement ne signifie pas nécessairement que le problème a disparu.
C’est pour cela que je préfère parler de regarder plutôt que de « tout affronter ». Le vocabulaire guerrier du développement personnel me fatigue un peu. Nous n’avons pas besoin de partir au combat contre chacune de nos résistances avant le petit-déjeuner.
Regarder ne signifie pas devoir résoudre
On peut prendre conscience d’une chose sans savoir immédiatement quoi en faire. On peut reconnaître une peur sans être prête à la dépasser. On peut voir qu’une situation ne nous convient plus sans prendre une décision dans les dix minutes.
Ce temps entre « je ne voulais pas vraiment regarder » et « maintenant, je vois » est précieux. Une prise de conscience n’a pas forcément besoin d’une solution instantanée. Elle peut simplement commencer à modifier la manière dont nous observons ce qui se passe.
Et parfois, une bonne question fait davantage bouger qu’une longue liste de conseils.
Pourquoi une question que l’on n’a pas choisie peut être intéressante
Lorsque nous réfléchissons seules, nous allons assez naturellement vers les sujets que nous connaissons déjà. Nous posons les questions avec notre propre logique, nos habitudes, nos angles morts et, soyons justes, une certaine capacité à négocier avec nous-mêmes.
Le hasard introduit autre chose. Il ne « sait » évidemment rien de nous et une carte n’a aucun pouvoir mystérieux. En revanche, recevoir une question que nous n’avions pas décidé de nous poser peut créer un décalage. Ce qui devient intéressant n’est pas la carte elle-même, mais ce qu’elle fait émerger : une évidence, une résistance, une irritation, une association d’idées ou parfois absolument rien.
Et « absolument rien » est aussi une réponse acceptable.
C’est de cette idée qu’est né « Ce que tu évites te dirige »
Je voulais créer quelque chose qui ne demande ni une heure de disponibilité, ni un carnet parfaitement tenu, ni la promesse de devenir une nouvelle personne en vingt et un jours.
Le principe est beaucoup plus simple : une carte, un message, une explication et « Un petit pas pour avancer ». Quelques minutes pour voir ce qui résonne aujourd’hui. Sans obligation de trouver une réponse. Sans interprétation imposée.
Et avec, de temps en temps, cette pensée légèrement agaçante : « Bon. Celle-là, je n’avais vraiment pas envie de la tirer. »
Ce qui, reconnaissons-le, peut être une information assez intéressante.